On prend souvent la parole parce qu’on a des choses importantes à dire. Et pourtant, cela reste complexe pour de nombreux professionnels compétents, qui peinent à occuper l’espace qui leur revient dans leur domaine d’expertise.
Comment expliquer que cette transition – de la parole à une présence assumée – soit si difficile, y compris pour les plus qualifiés ? C’est un questionnement que je rencontre régulièrement dans mes accompagnements.
Dans ces situations, trois freins psychologiques reviennent de façon récurrente.
La peur du jugement social constitue le premier. Elle se traduit souvent par une question silencieuse mais paralysante : « Et si on me trouvait prétentieux(se) ? » La crainte du regard d’autrui transforme chaque prise de parole en risque potentiel et pousse à préférer l’invisibilité à une exposition perçue comme dangereuse.
Le syndrome de l’imposteur représente le second frein. Cette voix intérieure interroge en permanence la légitimité : « Suis-je vraiment à ma place pour m’exprimer ? » Même face à des compétences solides et reconnues, ce doute peut conduire à s’effacer systématiquement au profit d’autres.
Une culture de la discrétion constitue le troisième obstacle. Dans certains environnements, la modestie devient une norme si forte qu’elle empêche de prendre la parole, de se positionner, ou simplement d’exister professionnellement.
Pourtant, se mettre en avant ne consiste pas à se vendre. Cette confusion est fréquente et compréhensible. Elle réduit la personne à un produit, ce qui crée légitimement un rejet. Mais la réalité est toute autre.
Se mettre en avant, c’est permettre à son message d’exister. C’est rendre visibles ses idées, son expérience, son expertise, au bénéfice de ceux qui en ont besoin. C’est une forme de responsabilité professionnelle. Une manière de contribuer, de transmettre, d’apporter de la valeur.
« Il n’y a rien de mal à être discret. Mais rester invisible peut priver les autres de ce que vous avez à apporter. » (Susan Cain)
Cette évolution demande souvent un travail sur ses représentations : apprendre à distinguer la prétention de la justesse, l’ego du positionnement, l’exposition du partage.
Une astuce : remplacer « Je vais paraître arrogant(e) » par « Mon intervention peut être utile ». Ce seul déplacement de perspective transforme profondément la manière d’aborder une prise de parole. Et c’est souvent dans ces ajustements, discrets mais décisifs, que se construit une présence plus juste et plus assumée.
Dans la pratique
Lorsque la prise de parole engage la crédibilité, la posture ou la légitimité, un travail structuré permet de dépasser ces freins et d’ancrer une présence plus stable et plus alignée.


